WOW, grosse surprise, je vais parler de la Pride.
Alors déjà: kèskeucé? La Pride, c’est un moment dans l’année (en juin, communément appelé « Pride Month ») où sont célébrés et revendiqués tous les droits LGBTQIA+. C’est aussi un moment de commémoration (cette année, c’était notamment les 50 ans du Stonewall Riot). C’est aussi et bien évidemment un moment de fête où l’on essaie de déconstruire toutes les barrières/stéréotypes du genre et de la sexualité.
Pour la plupart des personnes cisgenres et hétérosexuelles, c’est juste un événement bruyant, où l’on ne retient que les personnes à poil et celles en cuir en se « faisant passer » pour des animaux.

En fait, c’est bien plus que ça. C’est un moment où l’on s’affirme (out ou pas), un moment où l’on n’a pas peur, un moment où l’on partage, un moment où l’on ne se soucis pas du regard des autres, un moment de pouvoir sur nous-même, un moment où l’on partage notre idéal d’égalité et d’équité, un moment de tolérance aussi. Un moment où « nous » sommes nous. Parce que faire son coming out n’a rien de facile. Et je parle en connaissance de cause. On est tellement effrayé du jugement, de sa famille, de ses amis, des ses proches, et ce, même si ces personnes sont tolérantes. On parle souvent du « les autres font ce qu’ils veulent mais pas de ça chez moi ». Et bien c’est dur. Ça fait mal. On hésite, certains ne le feront jamais. Certains n’en auront pas besoin. Certains le feront. Comme moi.
Je me souviens écrire cette lettre pour ma maman, la laissant dans sa chambre, lui expliquant ma bisexualité. Je me souviens lui avoir écrit que rien ne changerait parce que je reste la même personne, mais je ne suis plus aussi renfermé et je me suis dévoilé à ce moment parce que je le voulais. Je me souviens aussi écrire un article dans un journal pour m’affirmer parce que je ne voulais plus avoir peur de devoir me cacher de ça. Je me souviens écrire un article un peu politique dans un blog de voyage pour dire à tous ceux qui le lisent que je suis transgenre. Et vous savez quoi ? Certains m’appelleront Roméo, d’autres m’appelleront toujours Julia. C’est la vie.
Je ne peux changer l’avis des autres. Parce que quand nous ne vivons pas une situation, il est compliqué de pouvoir comprendre. C’est le cas avec les personnes trans, c’est le cas avec les personnes furries, et c’est aussi le cas avec les personnes intersexes par exemple. Et pour être honnête, je pense que c’est un autre message de la Pride. Si vous n’êtes pas d’accord ou si vous ne comprenez pas, le silence est là pour ça, et votre désaccord sur le fait que l’on mérite ou non certains droits comme si nous n’étions pas sur la même hiérarchie humaine comme le pensait Hitler, ne dois pas empiéter sur notre existence. Mais ce n’est pas si simple. Aujourd’hui dans certains pays, on mérite la peine de mort par lapidation ou encore la prison à vie. Dans certains pays, on ne peut pas adopter d’enfant sans discrimination ou encore avoir recours à la PMA (oui, je parle de la France). Si l’amour est un language universel, je crois que certaines personnes sont sourdes et aveugles. L’amour mène à la mort et la mélancolie de finir sans amour à donner à un nouvel être qui ne demande qu’à en recevoir.
L’amour, c’est aussi la confiance en soi. C’est l’amour que l’on porte à sa propre existence. Trop d’amour devrait-il nous mener à des agressions ? Trop d’amour devrait-il nous mener à la rue, seul ? Le respect devrait être un hymne.
Bref, ce week-end, je suis allé fêter l’amour.
Vendredi, c’est à la Trans March que je suis allé défiler. Et je dois vous avouer qu’il m’est arrivé de pleurer de joie et de libération car je m’octroyais le droit d’être moi-même et d’être respecté pour ça, sans être « PD », sans être « travelo ». Avant de défiler, j’ai retrouvé quelques personnes au Dolores Park, noir de monde. Ce qu’il y avait ? Une scène, de la musique et des personnes formidables. J’ai célébré Shabbat (un moment particulier pour nos adelphes juifs) avec quelqu’un que je connais. une célébration plutôt cool pour être honnête mais qui ne m’a pas pour autant donné la foi, je vous rassure. Nous avons défilé avec énergie puis nous nous sommes dirigés vers un restaurant vietnamien avant de rentrer chez nous (enfin, moi je suis rentré parce que les soirées 21+ sont pas pour moi)

Le samedi, c’était la Dyke March. Les dykes, c’est quoi ? Dyke est un mot pour désigner toutes personnes se revendiquant comme tel (logique). Ce mot désignait une femme lesbienne d’apparence plutôt masculine. Aujourd’hui c’est un mot inclusif, c’est-à-dire qu’il représente des femmes trans et des personnes non-binaires (comme moi) et des personnes pansexuelles et bisexuelles (comme moi). Une journée sous un soleil de plomb bien que la température ait été plutôt agréable, bref, j’ai eu un coup de soleil (un coup d’amour, un coup d’je t’aime… hum hum pardon…)
Enfin le dimanche tant attendu arriva : LA PRIIIIIDE !!!
La grosse parade arrivait. Commençant par les dykes on bikes (and trucks), continuant par un ballet d’associations et de grandes compagnies (parmi ces dernières: Disney, Google, Amazon, Uber, Starbucks, Sephora, Old Navy, Facebook, etc …)
Pour être tout à fait honnête avec vous, je ne sais pas trop comment me positionner par rapport aux grandes marques. D’une part, il est évident que le but principal est d’attirer un public queer vers la marque et l’usage de produits de celle-ci, ce qui est un but clairement malsain mais commercial, et d’un autre côté, si ces marques ont défilé dans les rues de la capitale LGBT+ du monde, c’est qu’il y a eu des personnes pour porter le projet, ce qui est tout de même un bon point. Donc grandes marques à la Pride : coup de ❤ ou coup de Com?
(Let’s say coup de com’ parce que j’attends que Elsa fasse son Coming Out et qu’elle embrasse une damoiselle)
Je suis arrivé là-bas avec ma pancarte « Free (Frenchy) Hug », j’ai discuté avec une Drag Queen magnifique, habillée avec une robe d’un vert émeraude où l’on pouvait apercevoir un serpent ondulant le long de l’habit (elle m’a dit de faire payer $1 pour un câlin parce que « business is business », la dame à côté m’a donc demandé mes tarifs et j’ai dit que dans la mesure où j’ai deux énormes pastèques sur la poitrine, je ferais payer $2 ($1 par boob))
Après une parade d’au moins 7h (je suis arrivé à 10h, j’ai quitté avant la fin à 17h), après un nombre incalculable de goodies récoltés (un plein sac de 33L), après une centaine de câlins donnés, après un pot entier de paillettes dorées/argentées déversées sur mes cheveux, je me suis dirigé vers le village associatif et les nombreuses scènes situées dans le Civic Center. Une musique sympa mais pas d’amis avec qui danser, trop de monde, pas mal de gens bourrés, et quelques-un HIIIIGH, j’ai décidé de me prendre à manger et de rentrer à la maison. Dans la queue pour prendre un Corn Dog et une barquette de frites à l’ail (pas Hal’al attention), je vois un de nos frères nudistes à quelques mètres de moi avant de discuter avec une femme prônant la non-circoncision des hommes à la naissance, puis s’approche de moi un homme, une cinquantaine d’années, assez fin, me proposant un cookie « magique » (comprenez un space cake avec pas mal de marijuana et, en tant qu’enfant-modèle, je me devais de refuser ce gâteau).






